Joseph Reithler : un poète entre trois langues 2/2

Après la Seconde Guerre Mondiale, Joseph Reithler à l’instar d’un grand nombre de poètes alsaciens choisit comme langue lyrique, à savoir sa langue d’écriture, l’allemand. Adrien Finck réunit cette poésie dans un article qu’il intitule « la poésie d’expression allemande en Alsace depuis 1945 ». Le choix de cette langue d’écriture suscite des questions dans ce contexte d’après-guerre : pourquoi les poètes français continuent-ils à écrire en allemand ?

Tout d’abord, Adrien Finck rappelle qu’il s’agit de ne pas confondre ce qui relève d’un choix linguistique et ce qui relève d’un choix politique. La question n’est pas de prendre parti pour un pays plutôt qu’un autre, ce choix est plus intime et est compréhensible quand on se penche sur le parcours linguistique de chacun.

En observant notamment le parcours linguistique de notre Saint-Pierrois, il est possible de constater que Joseph Reithler, comme de nombreux alsaciens, grandit entre trois langues : l’alsacien qui est sa langue maternelle, l’allemand et le français qui sont les langues dans lesquelles les cours lui ont été successivement dispensés.

Même si ces dernières années d’étude se passent en français, Reithler est tout imprégné de littérature germanique. Dans son enfance, sa sœur aînée lui lit des contes allemands et, au lycée, son professeur d’allemand, auquel il rend hommage dans son ouvrage autobiographique, l’initie à la littérature et à la poésie. L’attachement pour la langue allemande se manifeste aussi dans son choix d’étude puisqu’il choisit d’étudier la littérature allemande à la faculté de Strasbourg.

L’élection de l’allemand comme langue lyrique naît par conséquent d’un rapport affectif à la langue. L’écriture de poème en allemand est une évidence pour ce fervent défenseur du bilinguisme. Il ne lui est pas possible de louer sa vallée qui lui est si chère dans une autre langue. En effet, quelle langue pourrait mieux rendre compte de ces paysages emprunts par l’alsacien ?

Thannweiler

 

Das alte Grafenschloss steht unversehrt,

Wie ein vergessen Bild beiseite.

Noch die Giessmatten sind begehrenswert

Für Heu und grosse Futterweide.

 

Vom kleinen Weiler ist das Tannenbild

Seit altersher nicht weit gewichen

Es trägt den Hirsch in seinem Wappenschild.

Schulglöcklein bimmelt, wenn der Tag verblichen.

-Dann stehn die Berge tannendunkel

Ringsum im weiten Bann der Grafen

Und schauen ob tief unterm Sterngefunkel

Die Weilertäler ruhig schlafen.

 

Thanvillé

 

Le vieux château des comtes se dresse intact,

A l’écart, comme un tableau oublié.

Les prés du Giessen sont toujours attrayants

Pour leur foin et les grands pâturages.

 

Depuis toujours l’image du sapin

Est attachée au petit hameau,

Le cerf figure dans ses armoiries.

La petite cloche de l’école sonne quand le jour pâlit.

 

-C’est alors que les montagnes couvertes de sapins sombres

Se dressent tout autour dans le vaste ban des comtes

Et regardent si sous le scintillement des étoiles

Les habitants de la vallée de Villé dorment paisiblement.