L’église Saint-Gilles : un sanctuaire au cœur du Kirchberg Saint-Pierre-Bois – Hohwarth
Juchée sur son promontoire, au sommet du Kirchberg à 380 mètres d’altitude, l’église paroissiale de Saint-Pierre-Bois et Hohwarth se remarque de loin lorsque l’on pénètre dans la Vallée de Villé.
Depuis le Moyen Âge, ce sanctuaire attire les pèlerins venus de près ou de loin pour vénérer Saint-Gilles, l’un des Quatorze Saints Auxiliaires, traditionnellement invoqués pour leur pouvoir d’intercession.
Au fil des siècles, l’église a connu plusieurs transformations. Aujourd’hui encore, elle conserve de nombreux témoignages de son histoire : œuvres d’art, vitraux, reliquaires, statues et peintures racontent la longue histoire de ce lieu de culte et de pèlerinage.
Saint-Gilles, l’ermite devenu saint patron
Le nom latin de Saint-Gilles est Aegidius, qui donnera le prénom Gilles en français. La forme de ce nom, d’origine grecque, a conduit certaines traditions à lui attribuer une naissance athénienne et une origine royale.
Selon la tradition, Gilles serait né à Athènes avant de quitter sa ville natale pour mener une vie d’ermite. Sa réputation de sainteté et les nombreux miracles qui lui étaient attribués auraient toutefois attiré de nombreux compagnons autour de lui. Son ermitage se transforma alors progressivement en communauté monastique, puis en abbaye.
Bien qu’il fût ermite puis moine, Saint-Gilles est également présenté comme un grand voyageur. Les traditions situent son départ de Grèce entre le VIe et le VIIe siècle. Il aurait débarqué à Marseille avant de rejoindre la région de l’embouchure du Rhône, où il fonda l’abbaye de Saint-Gilles-du-Gard.
C’est dans la crypte de l’église de Saint-Gilles-du-Gard que son tombeau fut redécouvert en 1865.
La légende de la biche
Saint-Gilles est généralement représenté en moine, accompagné d’une biche. Selon la légende, il aurait recueilli et apprivoisé cet animal, qu’il protégea lors d’une chasse.
Alors que des chasseurs poursuivaient la biche, Saint-Gilles s’interposa pour la protéger. Il fut alors atteint par une flèche à la main. Cet épisode est devenu l’un des principaux attributs du saint dans l’iconographie chrétienne.
Plusieurs miracles lui sont également attribués. La tradition raconte notamment que, lorsqu’il était encore enfant, Gilles rencontra un malade gisant au sol. Il le couvrit de son manteau et celui-ci fut guéri. Une autre fois, il aurait rencontré un homme mordu par un serpent et l’aurait guéri par la prière.
Le Kirchberg, une hauteur chargée d’histoire
Le Kirchberg culmine à 380 mètres d’altitude et domine les villages de Saint-Pierre-Bois, au sud, et de Hohwarth, à l’ouest.
Le nom de Hohwarth, qui signifie « haute vigie », a autrefois conduit certains historiens à supposer qu’un poste de guet aurait pu se trouver sur cette hauteur. La localité est attestée dès 1328 sous le nom de Villa Hohenwart.
Comme son nom l’indique, le Kirchberg est avant tout la « montagne de l’église ». Le sanctuaire qui s’y trouve est attesté depuis le XIIIe siècle.
La présence d’une église sur ce sommet pourrait notamment s’expliquer par sa position centrale entre Saint-Pierre-Bois, Hohwarth et plusieurs villages aujourd’hui disparus. La proximité d’une grange cistercienne dépendant de l’abbaye de Baumgarten, à Reichsfeld, aurait également contribué à l’importance du site.
La première église du Kirchberg
La chronique du curé Jean-André Kramer, qui desservit la paroisse de Saint-Pierre-Bois de 1839 à 1850, apporte de précieux renseignements sur l’histoire de l’église qui domine le Kirchberg depuis plusieurs siècles.
La première chapelle aurait progressivement été devenue trop petite pour accueillir les nombreux pèlerins attirés par le culte de Saint-Gilles.
Une légende raconte alors qu’il fut décidé de construire un nouveau sanctuaire sur un emplacement plus bas, afin d’éviter aux paroissiens de gravir la colline. Mais, malgré les travaux engagés et les matériaux apportés chaque jour, ceux-ci auraient mystérieusement été déplacés durant la nuit vers l’emplacement de l’ancienne chapelle.
Après plusieurs tentatives, les habitants auraient finalement renoncé à déplacer le chantier et construit la nouvelle église à l’endroit où, selon la tradition, Saint-Gilles la voulait : au sommet du Kirchberg.
L’église Saint-Gilles aujourd’hui
La reconstruction de l’église du Kirchberg fut loin d’être simple. Des complications judiciaires et politiques retardèrent le chantier pendant plus de vingt ans. La patience et la ténacité des constructeurs finirent toutefois par permettre l’achèvement du projet.
La construction de la nef de l’église actuelle débuta en 1788. Pendant plus de deux décennies, elle resta accolée aux vestiges de l’ancien édifice, devenu très délabré. Le curé décimateur refusait alors de financer la reconstruction du chœur et du clocher, qui lui incombaient.
Le Concordat permit finalement de poursuivre les travaux. Le chœur fut construit aux frais de la commune en 1812, puis le clocher fut édifié en 1818.
À l’intérieur, la nef est organisée autour de quatre séries de bancs et cinq colonnes supportent la tribune. L’orgue, construit en 1822 par J. Chaxel, fut pneumatisé en 1907 par M. et J. Rinckenbach, puis modifié en 1964 par C. Schwenkedel. Il a été relevé en 2021 par H. Brayé.
Durant tout le XIXe siècle, la nouvelle église dominait un Kirchberg alors largement couvert de vignes.
Depuis 2015, quatre cloches rythment à nouveau la vie du sanctuaire.
À découvrir dans la nef
L’intérieur de l’église conserve de nombreux éléments remarquables.
Les confessionnaux et la chaire ont notamment été conservés. Sur les deux panneaux de la chaire sont représentés Saint-Pierre et Saint-Paul, tandis que l’abat-voix est surmonté d’une représentation de Saint-Jean-Baptiste.
Les deux autels latéraux sont dédiés à la Vierge et à Sainte-Sophie. Sur l’autel nord, l’ange Gabriel annonce à Marie la naissance du Christ. Au sud, Sainte-Sophie, vierge et martyre romaine, est représentée.
La peinture du plafond, réalisée en 1932 par René Kuder, artiste originaire de Villé, représente le « Triomphe de Saint-Gilles ». Le saint y porte son regard vers les fidèles qui l’implorent.
Une niche située au sud abrite une remarquable Vierge à l’Enfant en bois polychrome. Au nord se trouve une statue de Saint-François d’Assise, représenté la main droite posée sur le cœur et portant les stigmates, rappelant ainsi son message d’amour et de fraternité.
Une armoire murale vitrée renferme également une statue de Saint-Gilles datant du XVIe siècle ainsi qu’un ex-voto de 1835.
Enfin, un fragment de l’ancien décor très coloré qui ornait autrefois l’arc triomphal est encore conservé côté chœur.
Les vitraux de l’église
Les six fenêtres de la nef sont ornées de vitraux du XIXe siècle, dont quatre représentent des saints ou saintes. Ces œuvres ont été réalisées par les ateliers Höner de Nancy.
En partant du côté nord-est, on découvre successivement Sainte-Odile, tenant dans sa main gauche le livre sur lequel figurent deux yeux, puis Saint-Sébastien, représenté percé de flèches.
De l’autre côté, on découvre Saint-Arbogaste, premier évêque de Strasbourg et deuxième patron du diocèse, représenté en évêque dans une chasuble rouge. À ses côtés figure Saint-François-Xavier, représenté en train de baptiser un Indien.
Les vitraux situés du côté de la tribune présentent quant à eux uniquement des ornements géométriques.
Le chœur et son retable
On accède au chœur par le grand arc triomphal, décoré de peintures au pochoir réalisées avec soin.
Le long des murs aux angles arrondis se trouvent des stalles modernes. Cet espace était autrefois réservé à la vénération des reliques conservées dans le sanctuaire.
Au-dessus du maître-autel se trouve un retable représentant la célèbre scène de la chasse de Saint-Gilles. On y reconnaît le roi des Goths sur un cheval blanc, Saint-Gilles représenté en moine protégeant sa biche, ainsi qu’un archer et deux chiens.
Deux vitraux éclairent le chœur. Ils représentent l’Adoration des bergers à Bethléem et la Sainte Eucharistie.
Au plafond, une peinture représente l’Agneau mystique.
Le culte de Saint-Gilles
Le culte de Saint-Gilles occupe une place importante dans l’histoire du sanctuaire.
Les reliquaires sont aujourd’hui conservés dans un coffre-fort. Ces deux pièces, un buste et un bras, datent du XIVe siècle. Elles renferment des reliques de plusieurs saints, notamment Saint-Gilles, Saint-Sébastien et Sainte-Agnès.
Au début du XIXe siècle, le pèlerinage attirait chaque année entre 7 000 et 8 000 pèlerins. Une telle affluence obligeait même les célébrants, le 1er septembre, à prêcher sous les chênes afin d’accueillir les nombreux fidèles.
Saint-Gilles est traditionnellement invoqué pour soulager la surdité et les maux de tête.
Aujourd’hui, le pèlerinage a conservé une partie de son importance. Chaque année, la fête patronale rassemble encore plus de 500 fidèles dans le sanctuaire.
Perchée au sommet du Kirchberg, l’église Saint-Gilles demeure ainsi un lieu singulier de la Vallée de Villé. Entre histoire, patrimoine religieux, légendes et œuvres d’art, elle témoigne de plusieurs siècles de dévotion et continue de faire vivre la mémoire d’un sanctuaire profondément lié aux villages de Saint-Pierre-Bois et de Hohwarth.