Chaque année, la Société d’Histoire de la Vallée de Villé (SHVV) nous fait voyager à travers le passé de nos villages. Créée en 1975 par des passionnés de patrimoine, l’association s’attache à faire connaître l’histoire, les traditions et la vie quotidienne de la vallée. Grâce à un travail de recherche rigoureux, elle publie chaque année un annuaire.
L’édition 2025 nous plonge dans la vie à Neuve-Église entre 1918 et 1939, une époque où le village vivait encore largement au rythme de l’agriculture, tout en voyant émerger les premiers artisans et commerçants.
Un village au cœur du Comte-Ban
D’une superficie de 548 hectares, la commune de Neuve-Église s’étend sur un terrain vallonné mêlant prairies et pentes boisées dominées par l’Altenberg. Le village comprend également le hameau de Hirtzelbach et quelques maisons éparses sur la rive droite du Luttenbach, face à Breitenau.
Le nom de Neuve-Église, ou « Nunkirche » dans les textes anciens, apparaît dès 1331. Sa graphie varie au fil des siècles « Nuwenkirche » en 1419, « Neuf Église » en 1688 avant de devenir définitivement Neuve-Église au XVIIIe siècle, à l’exception des périodes d’annexion allemande (1871-1918 et 1940-1944) où le village prit le nom de Neukirch. En alsacien, le village s’est toujours appelé Neikerich.
Pourquoi ce nom de « Neuve » Église ? La SHVV, dans son ouvrage paru en 1995, s’est déjà penchée sur la question. L’hypothèse la plus probable est que l’église du village, l’un des plus anciens édifices religieux de la vallée, fut la première du Comte-Ban. Son clocher, dont la base remonte au XIIIe siècle, en témoigne.
Une certitude demeure : Neuve-Église possède l’un des plus anciens sanctuaires de toute la vallée.
Les années de guerre : Neuve-Église épargnée, mais sous tension
Lors de la Première Guerre mondiale, Neuve-Église est relativement épargnée par les combats, contrairement au village voisin de Saint-Maurice, incendié par les troupes bavaroises en août 1914.
Néanmoins, la tension reste bien présente : le 18 août, des duels d’artillerie eurent lieu autour de Villé, Neubois et Saint-Gilles. Ce même jour, un habitant de Neuve-Église, Louis Théophile Siffer, faillit être fusillé à tort par des soldats bavarois. Sa sœur réussit à lui sauver la vie, mais les soldats incendièrent sa maison en représailles.
Rappelons que l’Alsace et la Moselle étaient alors allemandes depuis 1871, mais les soldats se méfiaient de la population et craignaient les embuscades des francs-tireurs.
Une commune agricole avant tout
Il y a un siècle, Neuve-Église était un village d’agriculteurs. En 1921, plus de la moitié des habitants actifs (94 personnes sur 183) se déclaraient agriculteurs. Ce chiffre baisse au fil des recensements, mais la terre reste la principale ressource économique. Les exploitations, souvent familiales, associaient culture et élevage, et beaucoup d’habitants complétaient leurs revenus par d’autres activités.
Du tissage à domicile aux artisans du bâtiment
En hiver, lorsque les travaux des champs ralentissaient, les villageois pratiquaient des activités d’appoint : tissage à domicile, fabrication de chaussons ou encore sabotage.
Le Bottin de 1920 cite 11 agriculteurs, mais aussi trois maçons, deux charpentiers, un plâtrier, un peintre et plusieurs cordonniers. Le coiffeur se déplaçait encore de maison en maison, tandis que deux couturières exerçaient leur métier à leur compte.
Il y avait également deux cordonniers en 1920. Le métier de sabotier restait une activité complémentaire pour les agriculteurs. Parmi les artisans-patrons, on trouvait aussi un charron.
Cet artisanat témoignait d’un vrai sens du travail bien fait : Joseph Ulrich, entrepreneur, employait le plâtrier Michel Mathéry, tandis que Joseph Steimer, « peintre-patron », est cité dans les recensements jusqu’en 1936.
Commerces et auberges : un village vivant
Au début du XXe siècle, Neuve-Église compte plusieurs commerces : quatre épiciers, trois auberges, un boucher, et même une forge encore active jusqu’en 1924.
Les cartes postales d’époque montrent les enseignes typiques du village :
- Wirtschaft zum Reichsadler (Auberge de l’Aigle impérial)
- Zur Krone (Auberge de la Couronne), tenue par Joseph Dorfner
- Zur Sonne (Auberge du Soleil)
Ces lieux de vie, à la fois cafés, épiceries et auberges, formaient le cœur social du village.
L’école de Neuve-Église : entre tradition et modernité
L’enseignement a toujours occupé une place importante dans la commune.
Dès le XIXe siècle, Neuve-Église possédait deux écoles : l’une pour les garçons (construite en 1881), l’autre pour les filles (achetée en 1853 puis agrandie en 1862). Les filles y étaient instruites par des religieuses de la congrégation de Saint Jean de Bassel.
Les cours étaient rythmés par les travaux agricoles : on accordait jusqu’à 42 jours de vacances d’été entre la mi-août et le 1er octobre, ainsi que des congés pour la fenaison, la récolte des pommes de terre ou la fête de la Saint-Nicolas.
Aujourd’hui encore, les deux écoles restaurées en 1994 perpétuent cette longue tradition d’enseignement.
La mémoire au service du patrimoine
À travers cet article, la Société d’Histoire de la Vallée de Villé (SHVV) nous rappelle combien le passé de Neuve-Église est riche, marqué par le travail de la terre, la vie communautaire et la force des traditions locales.
L’annuaire 2025 de la Société d’Histoire de la Vallée de Villé, contenant l’intégralité de cet article ainsi que bien d’autres découvertes passionnantes sur la vallée, est disponible à l’Office de Tourisme au prix de 18 €.
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